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Réaliser la cérémonie d’ouverture à des Jeux olympiques
7 août 2008

Un officier de police surveille tandis que les feux d’artifice explosent au-dessus du Stade national, aussi appelé le Nid d’oiseau, pendant la deuxième répétition en vue de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2008 à Beijing. (Feng Li/Getty Images)
Quatre milliards de personnes regarderont le plus grand spectacle
au monde diffusé en direct, soit la
cérémonie d’ouverture des Jeux
olympiques. La pression de la performance et de la
créativité se fait sentir. Il
s’agit d’une invitation, lancée
au monde entier, à venir s’installer dans le
salon du pays
hôte.
À la cérémonie
d’ouverture des Jeux olympiques de 2008 à
Beijing, le monde entier attend de voir comment la Chine et sa
capitale exprimeront la culture chinoise ainsi que leur image
à l’avenir. M. David Atkins, originaire de
l’Australie, connaît bien les
défis liés à un tel projet.
M. Atkins a été le producteur des
cérémonies d’ouverture et de
clôture aux Jeux d’été
de 2000 à Sydney ainsi qu’aux 15
es Jeux asiatiques de 2006 à Doha au Qatar.
Actuellement, il est le producteur exécutif pour les
cérémonies des Jeux olympiques
d’hiver de 2010 à Vancouver.
Récemment, vancouver2010.com s’est entretenu
avec M. Atkins pour discuter de la cérémonie
d’ouverture des Jeux olympiques.

Une danseuse danse à l’extérieur du Stade national pendant la deuxième répétition avant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2008 à Beijing. (Feng Li/Getty Images)
Selon M. Atkins, lorsqu’on entreprend la
réalisation d’un spectacle d’une
telle ampleur, cela prend de deux à trois ans pour bien
planifier et concevoir chaque aspect. Puisque la fonction des
cérémonies est la dernière
à se joindre à un comité
olympique, le processus se voit souvent
accéléré. En ce qui concerne les
plans de Pékin, la cérémonie sera
immense, soit un spectacle qui comptera 10 000 participants. On
peut alors imaginer le nombre de scénaristes, de
chorégraphes, de concepteurs, de costumes, de danseurs
et de chanteurs qui devront travailler ensemble.
Un aperçu d’une
différente culture
M. Atkins a débuté sa carrière
à titre de participant. Pour lui, la
cérémonie d’ouverture des Jeux
olympiques représente l’expression et la
célébration parfaite des idéaux de
l’olympisme.

Des participants attendent à l’extérieur du Stade national pendant la première répétition de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2008 à Beijing. (China Photos/Getty Images)
« Il s’agit d’une
marque mondiale » dit M. Atkins.
« Les gens se sentent toujours
inspirés par la jeunesse mondiale qui se
réunit pour célébrer
l’excellence et je crois que ce genre de spectacle a
beaucoup de mérite et vient chercher les
communautés de partout au monde. Il s’agit
d’un des rares moments où se forme un
véritable village mondial, peuplé de partage
culturel, d’amitié et de camaraderie et
où l’on peut développer, explorer
et profiter d’importantes relations internationales.
Ces éléments font tous partie du
résultat final. »
Dans le monde du spectacle aucun auditoire n’est
aussi grand, aucune occasion n’est aussi importante et
aucun stress n’est supérieur. Il
s’agit d’une expérience
unique.
« Dans le cas d’une
pièce de théâtre ou
d’une comédie musicale, on peut se permettre
quelques erreurs puisque au cours des prochaines
représentations, on a l’occasion de
modifier, d’adapter et de peaufiner
l’œuvre » dit M.
Atkins. « Les producteurs de
cérémonies n’ont
qu’une seule chance. Donc, beau temps, mauvais temps,
la cérémonie doit se dérouler
telle qu’elle a été
prévue. Ce genre
d’événement unique peut
créer une dépendance particulière.
Mais, cela fait partie de
l’inspiration. »
Travailler selon le protocole

Un sauteur à ski se prépare à descendre avec la flamme olympique pendant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de 1994 à Lillehammer. (Bob martin/Allsport)
Certains éléments d’une
cérémonie d’ouverture doivent se
soumettre aux normes établies par le Comité
international olympique (CIO). Cela comprend les discours, le
défilé des athlètes et
l’allumage de la vasque. Les Jeux olympiques
d’hiver, comme ceux qui auront lieu à
Vancouver, ne compteront que 3 500 athlètes qui
marcheront ensemble. À Beijing par contre, 10 500
athlètes défileront, ce qui pose un plus
grand défi pour capter et retenir
l’attention de tout le monde.
« Au cours des dernières
années, certains producteurs ont fait de
l’allumage de la vasque un
événement théâtral en
soi, » souligne M. Atkins.
« L’allumage de la vasque est
devenu, jusqu’à un certain point, le bijou
de la cérémonie »
dit-il. « On se souvient de certaines
[cérémonies d’ouverture] que
l’on définit par la forme que prend
l’allumage de la vasque et la façon de
l’allumer. »
Cette partie du spectacle est également le point
culminant de la cérémonie, soit le moment
où tous les spectateurs découvrent
l’identité de la personne choisie pour
allumer la vasque. Il s’agit aussi d’un
moment où les producteurs comme M. Atkins retiennent
leur souffle... et espèrent que la flamme prendra
vie.
On se souvient de l’archer et de sa
flèche au Jeux de 1992 à Barcelone, ou encore
de Mohammad Ali aux Jeux de 1996 à Atlanta, sans oublier
le sauteur à ski qui, à la
dernière minute, a été choisi
comme remplaçant pour livrer la flamme au stade.
Carte blanche créative

Des gymnastes et des danseurs en action pendant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 1980 à Moscou. (Getty Images)
Les aspects théâtraux et artistiques de la
cérémonie donnent un aperçu de la
culture hôte.
Selon M. Atkins, « les
cérémonies d’ouverture les plus
réussies sont celles qui sont arrivées
à définir ou à
redéfinir la culture [du pays hôte] de sorte
à créer un sens de fierté
nationale et à amener le monde entier à mieux
comprendre les éléments clés de la
culture du pays hôte ».
Même si le producteur n’est pas
originaire du pays hôte, il trouve des façons
de s’intégrer à une autre culture
que la sienne. Par exemple, M. Atkins a établi des liens
avec la communauté culturelle locale, soit des centaines
de réalisateurs, de concepteurs, de
chorégraphes, de scénaristes, de
compositeurs, de dramaturges, de critiques culturelles. De plus,
David Atkins Enterprises a embauché des centaines
d’experts locaux. Ainsi, on veut apprendre à
connaître l’essence de la culture
traditionnelle et contemporaine du pays. Ensuite, le producteur et
son équipe doivent bien représenter le tout
de façon théâtrale.
Cérémonies de Jeux
antérieurs
Il existe trois genres de cérémonie
d’ouverture : traditionnelle et
segmentée, thématique ou abstraite. Toute
cérémonie a son propre équilibre
et folklore ainsi que son interprétation
contemporaine.
On n’a pas utilisé le
format traditionnel aux Jeux récents.
Ce style de présentation comprend une approche
segmentée plutôt qu’un style
narratif, comme aux Jeux de 1996 à Atlanta ou aux Jeux
d’hiver de 1998 à Nagano. Souvent, on peut
voir des thèmes ou des éléments
folkloriques au sein des cérémonies tels que
les danseurs géorgiens traditionnels aux Jeux de 1980
à Moscou.

Nikki Webster et le danseur autochtone Djakapurra Munyarryan pendant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2000 à Sydney. (Jamie Squire /Allsport)
Lorsqu’il y a une
thématique, on présente
souvent un style narratif. On ajoute une histoire à
l’élément culturel. Par exemple,
à Sydney on a raconté le rêve
d’une jeune fille qui s’était
endormie sur un banc. Dans son rêve, elle a
rencontré un aîné qui
l’a amené faire un voyage pour explorer la
culture australienne. Aux Jeux de 2004 à
Athènes, on a raconté le cheminement de
l’homme, depuis les philosophes grecques à
la découverte de l’ADN.
Selon M. Atkins, l’approche abstraite ou le genre de
cérémonie ésotérique
est souvent considéré l’approche
européenne. La cérémonie
d’ouverture des Jeux d’hiver de 1992
à Albertville en est un bon exemple.
« Il s’agissait d’une
cérémonie de toute beauté,
dictée par son concept
artistique » dit-il.
« Malgré qu’elle [la
cérémonie] n’ait pas
été des plus captivantes, elle a
été un plaisir visuel à savourer.
Tous ses aspects étaient sensiblement
français. »
Travailler ensemble
Les cérémonies ne sont jamais pareilles.
Elles demandent toutes des années de
préparatifs jusqu’au grand jour et
après ça, la plupart du travail est
terminé.
« Comment est-ce que je gère
mon stress? Cela dépend de comment bien vont les
choses » déclare M. Atkins en
riant. « Je n’ai pas une
véritable stratégie pour la
cérémonie à part
m’engager pleinement à la tâche.
La soirée du spectacle, lorsqu’il ne reste
qu’à regarder le spectacle se
dérouler, j’espère toujours que
le tout se passera sans
pépins. »
Pour Beijing, la cérémonie
d’ouverture est une invitation à venir
explorer une riche et unique culture qui évolue
rapidement. Après les Jeux, il se peut que les
spectateurs aient acquis un meilleur sens de
l’identité chinoise, une nouvelle
perspective ou même un aperçu de
l’avenir de la Chine. Une chose est certaine, le monde
peut s’attendre un spectacle extraordinaire.